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Comment ça se passe ?

Les consultations ont lieu une fois par mois (soit environ 12 consultations avec les visites post-couches contre 7 en hospitalier) au cabinet de la sage-femme ou au domicile de la parturiente. Après avoir écarté toute contre-indication à un accouchement à domicile, la sage-femme réalise peu d’examens. Seules les prises de sang et d’urine et les trois échographies de chaque trimestre semblent correspondre aux normes standards du suivi hospitalier. Le toucher est un des sens les plus utilisé et il participe aussi à la construction de la relation. La parole de la femme doit être totalement respectée. Les professionnels partent du postulat que la parturiente connaît mieux son corps que n’importe quel intervenant médical. Tout ce qu’elle exprime sur son ressenti, ses sentiments, est considéré comme un véritable savoir profane, populaire, qu’il faut écouter et à partir duquel il faut travailler.
Cependant, même si on constate l’absence d’examen faisant appel à des technologies complexes, les praticiens jouent parfaitement leur rôle médical de prévention et de détection des pathologies. La profession de sage-femme est une profession médicale. L’accompagnement des accouchements à domicile n’est pas une pratique démédicalisée mais plutôt détechnicisée. D’ailleurs les patientes attendent du praticien qu’il exerce normalement sa fonction médicale.
Les rencontres mensuelles sont surtout l’occasion de pouvoir parler de soi, du couple, de questionner la sage-femme sur tel symptôme, d’aborder le thème plus général de l’arrivée d’un enfant dans la famille. Écouter et répondre aux interrogations, rassurer, sont considérées comme les principaux actes de l’accompagnement car l’angoisse est considérée comme pathogène dans l’accouchement à domicile.
Les séances de préparation à l’accouchement sont aussi un moment de travail psychique, de retour sur soi. Les exercices de sophrologie, de relaxation, aident la parturiente à évoquer les moments douloureux , les difficultés rencontrées et à les évacuer.
Cette représentation de l’accouchement comme événement personnel, intime, s’intègre mal à l’hôpital où le personnel est nombreux, change à chaque garde et où le temps est structuré, normalisé. Ne pas pouvoir maîtriser son propre eqpace, se voir imposer des normes de durée de dilatation, d’expulsion, est ressenti par certaines femmes comme un facteur de stress. Ainsi le lieu même de l’hôpital devient facteur de risques. Le manque d’accompagnement en milieu hospitalier est créateur pour ces femmes de nombreux blocages. Les femmes qui ont accouché à l’hôpital pour des premières grossesses, attribuent leur recours à la péridurale ou l’utilisation des forceps par le médecin à un événement « froid », « inhumain ». Les sages-femmes vont et viennent sans pouvoir prendre le temps. L’hôpital peut créer lui-même ses propres risques qu’il tente ensuite de maîtriser par des traitements et des techniques qui peuvent avoir eux-mêmes des effets iatrogènes.
Les techniques ne sont évidemment pas critiquées pour elles-mêmes, c’est leur systématicité et les effets néfastes dont elles peuvent être l’origine, lors d’accouchements eutociques, qui sont dénoncés. La péridurale, par exemple, est précisément remise en cause pour sa iatrogénicité. Même si elle est utile à certaines femmes, il est reproché au corps médical de donner de mauvaises informations sur ses conséquences et elle serait une illustration du manque d’accompagnement en milieu hospitalier. Les défenseurs de l’accouchement à domicile dénoncent les effets pervers des bio-technologies tant au niveau biologique que psychologique, effets qui s’opposent totalement à la philosophie de la naissance à domicile.
La femme enceinte, le couple instaure un nouveau rapport à la médecine, à la science, qui n’est plus basé sur un rapport de pouvoir. L’usager maîtrise lui-même un savoir sur son corps qui doit être reconnu au même titre que le savoir scientifique. Ce savoir est différent, il fait appel à la médecine populaire, à sa propre connaissance profane du corps, de la grossesse et de l’accouchement, de la maladie et il repose également sur une bonne connaissance du savoir « scientifique », « expert » sur lequel on peut avoir un regard critique, distancié. La relation soignant-soigné se veut égalitaire. L’engagement des femmes et des praticiens sur les mêmes valeurs, dans les mêmes contestations, bouleverse totalement le rapport classique médecin-malade. On peut parler de confiance réciproque.

Un besoin fondamental : se sentir en sécurité.

Comme tous les mammifères, les humains secrètent de d’adrénaline dans les situations d’urgence : quand on a peur, quand on a froid, quand on se sent observé.  Lorsque les mammifères secrètent de l’adrénaline, ils ne peuvent pas secréter de l’ocytocine. Or, l’ocytocine est « l’hormone clé » de l’accouchement, puisque d’une part, elle est nécessaire pour contracter l’utérus, et que, d’autre part, elle est considérée comme le type même des hormones de l’amour, jouant un rôle essentiel dans l’induction des comportements maternels chez les mammifères en général. En raison de cet antagonisme adrénaline/ocytocine, les femmes ont besoin, pour accoucher, de se sentir en sécurité, sans se sentir observées et dans un endroit suffisamment chaud.

La position allongée sur le dos augmente le risque de souffrance fœtale.

Dans l’accouchement physiologique, la question n’est pas de savoir comment éliminer la douleur mais plutôt de comprendre quelles sont les conditions pour rendre l’accouchement aussi facile que possible afin de réduire la demande en médicaments analgésiques et afin que les systèmes de protection compensent aussi bien que possible la douleur physiologique. On est arrivé aujourd’hui à supprimer la douleur avec la péridurale. Mais cet acte perturbe l’équilibre hormonal. Un médicament est toujours un substitut pharmacologique à une hormone que la femme est censée sécrétée. Si elle n’arrive pas à sécréter son ocytocine naturelle, on lui met une perfusion d’ocytocine synthétique. On bloque alors la sécrétion de l’hormone naturelle et n’a pas les mêmes effets sur les comportements. Cela perturbe l’équilibre et va de pair, en général, avec la péridurale. Celle-ci remplace les endorphines naturelles. Dès que l’on touche l’équilibre hormonal, on perturbe le tout en cascade. Il faut alors recorriger, réadapter.

L’intervention excessive de la technologie obstétricale moderne et les protocoles utilisés pour accoucher ont aggravé et rendu la douleur traumatique, transmettant un lourd conditionnement culturel aux générations suivantes.

La maîtrise de la douleur

Un objectif important dans la préparation des femmes à un accouchement physiologique est de leur offrir de nombreux moyens de maîtriser la douleur afin de réduire à son minimum physiologique, et qu’elle ne soit pas amplifiée par la peur et la tension. Une femme qui se sent forte de ces acquis est capable de participer activement à son accouchement.
Les moyens de limiter les facteurs périphériques de la douleur :

  • La respiration profonde avec expiration longue,
  • L’usage de la voix à glotte ouverte,
  • Les mouvements et la mobilité du bassin,
  • La capacité à distinguer les états de tension et les états de relâchement,
  • La capacité à relâcher rapidement les parties contractées : une tonicité musculaire de décontraction calme l’alerte du cerveau transmise par la douleur (le système réticulaire) fermant ainsi le barrage au niveau des cornes postérieures,
  • La liberté de mouvements durant le travail et l’accouchement,
  • Les massages, les compresses chaudes, la douche ou le bain chaud durant le travail,
  • Concentrer le travail sur les pauses plutôt que sur les douleurs.

Les instruments de maîtrise des facteurs centraux de la douleur :

  • Le déconditionnement culturel, changer la valeur de la douleur, créer la motivation et le choix,
  • Le déconditionnement personnel, l’expression de ses propres vécus pour libérer le système limbique, introduire des conditionnements positifs, diminuer encore la peur et créer des attentes réalistes, comprendre les problèmes réels et préparer des réponses,
  • Transmettre un savoir non seulement théorique mais aussi sur l’expérience,
  • Travailler sur les attitudes actives et passives en respectant la douleur et les circonstances,
  • Faire reconnaître l’importance et l’existence des pauses entre les contractions,
    Favoriser l’instinct et l’intuition,
  • Apprendre la communication affective au partenaire ou à une autre personne,
  • Offrir le soutien d’une sage-femme ayant déjà suivi la femme durant la grossesse,
  • Entretenir une atmosphère intime, protégée durant l’accouchement, en favorisant l’émergence des instincts et en éloignant les éléments perturbateurs et/ou agressifs.

 

informations issues de : Juliette Collonge, Intimes naissances: choisir d’accoucher à la maison, 2008