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Pourquoi faire le choix d’un accouchement à domicile ?

Pour ne pas revivre l’expérience négative d’un accouchement qui s’est mal passé en structure classique pour différentes raisons comme par exemple épisiotomie, trop d’interventions ou gestes sur l’enfant, impossibilité à trouver de l’intimité lors de la naissance ou de l’allaitement.
Pour évoluer dans un environnement familier. Continuer sa vie normalement pendant le travail, se mouvoir librement. Être dans un lieu dont nous connaissons les odeurs, les couleurs et les textures. Il est important de se sentir bien où l’on accouche. Certaines femmes seront rassurées par le personnel et le matériel hospitalier alors que d’autres le seront dans leur intimité.
Pour faire de l’accouchement un événement familial. Être entouré des enfants plus grands.
Pour que le nouveau né soit manipulé par des mains connues dont la voix et l’odeur lui sont familières.

Un parcours hors norme

Dès la confirmation de la naissance, il est laissé peu de place au questionnement sur le choix du lieu de naissance. Prendre la décision d’accoucher à domicile c’est s’engager sur un chemin de traverse, décider de faire confiance à son bébé et à sa propre capacité à donner la vie. Être plus libre signifie ici être plus responsable et donc assumer les bénéfices et les risques liés à ce choix.

Des preuves

La base de données de l’AFAR (http://afar.naissance.asso.fr mots clés : accouchement à domicile) met à disposition de nombreuses études épidémiologiques faites sur plusieurs milliers d’accouchements programmés dans des pays industrialisés.
En étudiant les risques réels et les probabilités de leur survenue selon le lieu de naissance choisi, il apparaît que les femmes ayant eu des grossesses sans complication ne prennent pas plus de risques médicaux en accouchant à domicile qu’à l’hôpital, en étant accompagnées chez elles d’un professionnel de la naissance
Les accouchements à domicile, pour des grossesses à bas risques, présentent des résultats prénataux (mortalité intrapartum et néonatale) similaires aux milieux hospitaliers et un taux inférieur d’interventions comparées aux structures hospitalières.

La demande d’accoucher à domicile n’est culturellement pas acceptable dans une société qui a fondé le tout sécuritaire sur le tout technique. Pour confirmer leur position les détracteurs s’appuient sur des statistiques fantasmées d’un temps révolu ou sur celles des pays « sous-développés ».

L’accouchement à domicile n’est pas interdit en France mais depuis l’an 2000, plus aucune compagnie d’assurance ne veut prendre en charge la responsabilité civile professionnelle des sages-femmes.

En 2007, environ 1300 femmes ont fait le choix de l’accouchement à domicile. En 1952, 45,6% des accouchements se font à domicile. Depuis 1974, seulement 1% y sont pratiqués.

Au début des années 70, les premières critiques contre la médicalisation de la maternité apparaissent. Certaines femmes et praticiens se retrouvent autour de la dénonciation des effets iatrogènes, de la perte du sens de l’enfantement induits par la pratique médicale et produisent un nouveau système de représentation de la naissance en opposition au système médical. Pour ces acteurs, la naissance  ne peut  retrouver son sens premier, physiologique, qu’en revenant  vers le domicile.

Praticiens et femmes enceintes ont tous en commun de considérer la grossesse et l’accouchement comme des actes naturels et non comme un acte médical  qui implique le déplacement à l’hôpital. Ils sont pensés et vécus comme des événements physiologiques qui, dans la plupart des cas, ne nécessitent pas d’intervention médicale mais seulement un accompagnement.
La notion d’accompagnement global est fortement défendue par les praticiens de l’accouchement à domicile. L’accompagnement global, c’est la même sage-femme avant, pendant et après l’accouchement. Pendant environ une année, c’est la même personne qui prend en charge la grossesse, l’accouchement et les soins post-couches. Il se crée un lien très fort entre la sage-femme, la femme, le couple.

Aspect économique

Les personnels médicaux sont payés « à l’acte », c’est-à-dire que plus il y a d’actes effectués sur un patient, plus la rémunération du praticien augmente. Les structures hospitalières sont prises dans la logique de « gestion économique de la naissance », plus elles facturent d’actes plus elles assurent leur pérennité. À l’inverse les petites maternités qui pratiquent peu d’accouchements ne sont pas rentables et ferment les unes après les autres. Nous atteignons en France un taux de césarienne avoisinant les 20% (19,6% en 2005), autrement dit, une naissance sur cinq est un acte chirurgical autrement plus coûteux pour la collectivité qu’un accouchement physiologique surveillé par une sage-femme. Cette épidémie de chirurgie de la naissance est-elle toujours médicalement justifiée, à qui profite-elle réellement ?

informations issues de : Juliette Collonge, Intimes naissances: choisir d’accoucher à la maison, 2008