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Mélanie est née le 18/10/1981. Elle a trente-ans ans lors de l’interview.

Interview réalisée dans la cour du cabinet de sage-femme de Fabienne Stock à Toulouse – le mardi 9 juin 2O15, sont présentes Mélanie et Agnès

Juste en préambule, j’avais envie de dire que, bien avant d’être enceinte, depuis jeune adulte, j’ai toujours voulu accoucher à la maison. Ma mère à accouché à la maison pour ma petite sœur, je crois que ça m’est resté. Pourtant je n’étais pas présente. Dès le moment où j’ai pensé à avoir des enfants, c’était sûr que c’était à la maison.

Mon premier accouchement… Je suis tombée enceinte en 2OO8. Ça s’est déroulé le 4 octobre 2OO8 à Toulouse. Le 3 octobre, nous étions quinze jours avant le terme, c’était un vendredi, j’étais dans le quartier Arnaud Bernard, plus exactement dans le quartier du Chalet. J’allais souvent me promener à Arnaud Bernard. Tout le long de ma grossesse je me suis beaucoup promenée, j’ai beaucoup marché dans le quartier. Et ce jour-là, comme d’habitude, je faisais ma petite promenade et je suis allée ce jour-là, comme je suis allée souvent, parce que l’on n’avait pas encore internet à la maison, dans un petit local internet sur la place Arnaud Bernard, parce que l’on n’avait toujours pas de prénom de garçon ! Et je suis allée chercher là, sur internet, bêtement, un prénom de garçon, parce que c’était un peu le stress. On n’y arrivait pas. La fille, c’était pas de problème, mais le garçon c’était le stress. Je suis quand même allée regarder, faire des comparatifs, sans trouver ! Je suis rentrée dans l’après-midi, un peu lasse, un peu fatiguée. A à la fois bien. Je me suis posée, Bertrand mon compagnon, est rentré dans notre petit appartement du quartier du Chalet, il m’a dit « Qu’est-ce qu’on pourrait faire ce soir ? On pourrait sortir, on pourrait aller voir un concert… », je lui dis « Non, pas un concert, je crois que je me sens pas de sortir », « Bon, sinon on va au cinéma », « Ouais, non, j’ai pas envie de sortir aujourd’hui. Je crois que je suis bien ». Je me suis posée, je me suis mise sur mon lit, j’ai commencé à lire. « T’as envie qu’on invite des gens sinon ? », « Non, non, je suis trop bien là, j’ai envie d’être un peu dans ma bulle, je sais pas, ce soir j’ai envie d’être dans ma chambre, de me retrouver », « Bon, ben si tu veux, ce soir on se regarde un film », « Ok ! D’accord ». On mange, pendant le repas je commence à avoir des contractions un peu plus importantes que celles, disons, du pré-travail que j’avais toute la semaine très tranquille. Et là, les contractions étaient un peu plus intenses, pendant le repas je dis « Oula, bon… Elles sont un peu différentes, mais bon…». On mange. Les contractions se répètent un peu plus. On regarde un film. On regarde le film qui s’appelle L’esquive de Kechiche. On commence le film, j’étais assise sur un pouf, et là, des contractions plus rapprochées, fatiguée, j’avais vraiment envie de m’allonger, donc, je crois à peu près à la moitié du film, je dis « Bon, je crois que l’on va arrêter, il faut que j’aille m’allonger, je me sens plus d’être assise ». Je mets une chemise de nuit, je me couche aux alentours de onze heures du soir, mais en fait je n’arrive pas à m’endormir, parce que les contractions se rapprochent. Onze heures et demi, j’en ai une, cinq minutes après, j’en ai une autre, oh aïe aïe ! Bon, minuit, pareil, encore toutes les cinq minutes. « Bon, ce que je vais faire, c’est prendre un bain », Béatrice Ganil, qui est ma sage-femme de l’époque m’avait dit : « Tu prends un bain, tu vois : si ça s’arrête après le bain, c’est que c’était du faux travail, et par contre, si tu vois que ça continue, tu peux m’appeler ». Je prends mon bain, je sors du bain, je me recouche, et … ça continue. Vers minuit, une heure du matin, Bertrand appelle Béatrice : « Mélanie a des contractions qui se rapprochent », elle dit « Passe la moi », « Ben, oui, c’est à peu près toutes les trois minutes et puis je vais souvent aux toilettes », « C’est normal…Là, je crois que c’est parti, je viens ! ». Elle est arrivée donc, vers une heure du matin. Bertrand me dit « C’est le début de la nuit… ça aurait pas pu attendre un peu ? ». Je tiens à préciser que son accouchement fait partie d’un projet de film de Bertrand, et filmé en seize millimètres. Donc, mon accouchement est filmé par Bertrand, c’était prévu depuis longtemps, et donc là, quand on se dit « C’est parti », Bertrand se rhabille, commence à préparer sa caméra, etc, et moi je commence tranquillement mes allers-venues dans ma chambre, à marcher. A chaque contraction, à aller vers Bertrand, à me mettre contre lui, et après à marcher de nouveau… C’est un peu flou, ça fait six ans et demi ! J’essaye de retrouver un peu les détails… On accueille les contractions, quand Bertrand est moins présent, Béatrice est là. Bertrand me filme un peu, mais comme c’est du seize millimètres, c’est un film de trois minutes, donc c’est par quelques secondes à chaque fois. C’est des prises en fait, un peu comme des photos filmées quand même. Voilà, donc ça dure, deux heures du matin, trois heures du matin, au bout d’un moment Béatrice me dit « Est-ce que tu veux prendre un bain ? Ça peut te faire du bien…», « Allez, ouais ». Je prends un bain et là, whaaaaa !, c’est le bain qui a tout enclenché, ça s’accélère, et là je commence à avoir… mal. Les contractions deviennent très, très fortes, auparavant elles l’étaient, mais j’arrivais vraiment à gérer. Juste avant le bain, j’ai perdu les eaux, d’un coup, tout est parti. Et là, au cours du bain, là, ça devient très, très fort, je commence à bien manifester… je dirais quand même de la douleur, pas de la souffrance mais… ouais, j’ai mal. Et là je sors du bain, et chaque contraction est assez terrible, je commence à pousser des hurlements, à crier, et à crier « Maman ! Mamannnnnn ! ». A chaque contraction quasiment. Entre temps, Danielle, la sage-femme avec qui collaborait à l’époque Béatrice, arrive, elles venaient à deux. Donc, elles sont toutes les deux et commencent à dire « Oula, il faut tout préparer ». Je commence à les voir sortir l’alèse pour le bébé, la balance, enfin tout sortir. Et je me dis « Oula, là, je suis pas loin ». Je commence à me mettre sur mon lit à plat ventre, à genoux, et à chaque contraction, je cris. Bertrand, là, est très présent, il a laissé la caméra de côté, il est là, et à la fois… A un moment je lui dis : non, je lui fais signe, que je veux pas qu’il soit là en fait. Il vient vers moi, il essaye de faire quelque chose, et moi, je le rejette en fait. C’est là qu’il se dit « Elle n’a pas besoin de moi », et il reprend la caméra. Béa, commence à me demander quelle position je veux prendre, j’ai du mal à trouver ma position… Je crois que j’avais pas trop anticipé avant, et j’ai un peu de mal. Elle me propose des choses : sur le ventre, accroupie, on arrive à trouver une position à moitié sur le dos, avec une jambe un peu surélevée qu’elle me tient, et là commence la poussée – qui dure une petite heure quand même. Elle m’accompagne beaucoup. Bertrand, je crois que je pense plus à lui, c’est vraiment elle, je suis fixée sur elle, c’est vraiment à ce moment-là que j’ai senti vraiment, la nécessité de sa présence. Elle m’encourage « Vas-y, c’est bon, t’y es presque, comment tu te sens ? On est là… ». Voilà, plein de petits mots comme ça qui me donnent confiance, et qui me permettent de… Qui me font dire que je vais y arriver. Vers cinq heures du matin, à peu près, je suis un tout petit peu dérangée par ce réveil, je suis dans ma bulle, mais de temps en temps je regarde comme ça, où j’en suis. Ça dure une heure, et puis au bout d’un moment, voilà, Maya est née à six heures et demie du matin. C’est à ce moment-là que Bertrand, tout tremblant, jette sa caméra, et on accueille Maya, tous les deux. Maya pleure un peu, chouinotte au moment de son arrivée, on l’accueille sur mon ventre. Danielle nous demande comment on veut l’appeler : « Maya », « Comment vous l’écrivez ? », et là… « Comment on l’écrit ? ». On s’était pas trop mis d’accord sur le y ou sur le ï… On se lance des regards, et je dis « Ok : y ! ». On n’était pas très d’accord. L’ayant sur moi, voilà, c’était Maya, avec un y ! Elle pleurniche un peu, et elle va très rapidement prendre le sein. Maya est arrivée donc le 4 octobre 2OO8, il faisait très beau, très bon les jours d’avant, très beau aussi ce jour-là, mais très froid. Donc, elle arrive un jour où il fait froid, frais, au petit matin. Voilà, c’est la petite Maya qui est arrivée ce jour-là. Une toute petite partie, par bribe, de mon accouchement se trouve dans un film de Bertrand qui s’appelle : Les écrans ne s’éteindront pas avant les civilisations.

Et ensuite, les années passent, et je vais raconter mon deuxième accouchement : la naissance de Flore. Je la raconte aussi, parce que c’est un accouchement très différent. C’est très particulier, parce que Maya est née à la maison, avec un désir depuis très longtemps, comme je disais d’une naissance à la maison et Flore est née à l’hôpital. Pendant la grossesse, on a repéré lors de la deuxième écho, ici, chez Fabienne un problème de croissance de Flore et un manque de liquide amniotique. Du coup, je suis, tout de suite, suivie à l’hôpital de Paul de Viguier, à Toulouse, pour un contrôle, au départ pour comprendre ce qu’il se passe. J’ai un rendez-vous tous les quinze jours, et à chaque fois Flore re-grandit, rattrape un peu, disons, sa croissance, mais je suis quand même suivie à l’hôpital tous les quinze jours. Etant donné que les sages-femmes ne peuvent pas suivre de femme qui ont une grossesse dite pathologique, je dois accoucher à l’hôpital. C’est prévu. Heureusement que cette nouvelle, je l’apprends quatre mois avant la naissance, parce que, je crois qu’il m’a fallu quatre mois pour accepter ce changement, disons… quatre mois pour pouvoir accepter, digérer et puis aussi pour pouvoir me projeter aussi, à un accouchement à l’hôpital et le préparer. Car finalement ça se prépare, à la fois avec le personnel et puis aussi avec les sages-femmes. Parce que je suis quand même aussi suivie par Béatrice, qui vient à la maison, me faire un monitoring toutes les semaines. Toutes les deux pendant quatre mois, on a beaucoup préparé cette naissance à l’hôpital. Donc, pour Flore, ça se passe le 7 janvier 2O13. Pareil, une journée un peu particulière, où je me sens, pareil, dans un état un peu planant, un peu dans ma bulle, je crois, un peu comme pour Maya. C’est un jour où, je me rappelle, je vais chercher Maya à l’école. J’étais à pieds, on prend le bus, et je me sentais lasse aussi, comme si quelque chose se préparait, mais je ne sentais pas encore les contractions.

On rentre à la maison, et c’est rigolo, parce que Bertrand me demande « Est-ce que tu as envie qu’on invite des copains à la maison ce soir ? ». C’est pour ça que j’ai envie d’en parler, parce qu’il y a des similitudes, un peu en parallèle. Et là, je lui dis « Ben, non, j’ai envie qu’on soit seuls ce soir, j’ai pas envie qu’il y ait des gens qui viennent », « T’as envie de regarder un film ? », « Oui », « Et si on regardait  La faute à Voltaire de Kechiche ? », « Alleeeezzzz ! ». Et donc, on regarde La faute à Voltaire de Kechiche, ce soir-là, tous les deux et puis, en milieu de film, je n’ai pas de contraction mais je me sens un peu fatiguée. Si, je commence à avoir quelques contractions, un peu plus rapprochées… Et en milieu de film, je lui dis : « Je crois que je vais aller me coucher ». « Ok, on arrête ». Je vais me coucher et vers deux heures, deux heures et demi du matin, eeeeh ! Une contraction me réveille. Je réveille Bertrand « Là, j’ai une bonne contraction ». On attend… et je n’arrive pas à me rendormir. Les contractions se rapprochent. Vers trois heures du matin, je me lève, on se lève tous les deux, Bertrand rallume le feu, je me fais une tisane de préparation : une tisane d’accouchement, clou de girofle… Je me rappelle plus ce qu’il y a dedans, et on appelle le cabinet de Ramonville. C’était soit Hélène, soit Caroline et c’est Caroline qui a répondu qui était de garde ce jour-là. « Ben, voilà, je commence à avoir des contractions, on s’est levé… », « Bon, prends le temps, je vais peut-être me reposer encore un peu, tu me rappelles quand ça s’accélère ». Je dis à Bertrand « Ecoute, vas te coucher, j’ai envie d’être seule, je peux gérer seule, et j’ai envie d’être seule ». « Ok, pas de problème ». Il se recouche et moi, je passe deux heures, seule, dans mon salon. Bertrand avait bien bourré le poêle, il faisait bien chaud, et là, je suis super bien. A chaque contraction, je les accueille vraiment en douceur, je me prends des appuis. Je me sens plus sûre de moi que pour mon premier accouchement. Je me sens hyper confiante, je trouve mes positions toute seule, je prends ma tisane, je suis hyper sereine… Je suis hyper bien en fait. Quand c’est un peu trop fort… A un moment ça commence à un peu s’accélérer, mais je suis pas encore sûre. « Est-ce que je rappelle Caroline ?… Non, allez, je vais attendre encore un peu ». Je me couche sur le canapé, je me rendors un quart d’heure, hop ! Une contraction me réveille, je l’accueille avec une position appuyée sur un meuble, et je me recouche… Voilà, ça, ça dure deux heures à peu près, et puis vers six heure, Bertrand se réveille, quand même ! : « T’en es où là ? », « Je crois que ça s’accélère ». Ça m’est pas venu d’appeler Caroline, c’était trop bien, en fait, je crois qu’au fond de moi, j’aurais voulu le faire toute seule, là, mais il y avait à la fois, cet accompagnement avec la sage-femme, et il fallait qu’on aille à l’hôpital. Donc, on appelle Caroline, et je lui dis que ça s’est bien accéléré, je lui dis que j’ai dormi, « Ha, c’est bien t’as dormi ! ». « Je me suis un peu endormie, mais là, ça s’accélère ». Et là, de six heures à sept heures, ça s’accélère vraiment, énormément. Entre temps on appelle notre coloc Cyril. C’était prévu qu’il vienne garder Maya et qu’il l’amène à l’école le matin. Cyril arrive vers sept heures, il reste un peu avec nous. Caroline arrive à peu prêt dans ces eaux-là, vers sept heures. Maya se réveille et là j’ai une grosse contraction. Caroline me regarde et elle dit « Houlà ! Ça s’accélère, il faut qu’on y aille » et là on dit à Caroline : « Tu sais c’est toi qui nous amènes, on n’a pas de voiture », « Ah bon ! C’est moi qui vous amène ! Ok, bon, je vais préparer un peu la voiture, laissez-moi cinq minutes ». Elle redescend, elle prépare sa voiture, j’ai encore des grosses contractions… Bertrand – on avait un énorme sac – ferme le sac, l’amène dans la voiture, et puis on part tous les trois. Je crois que rien, que pour ce trajet en voiture, horrible en fait, avoir des contractions dans une voiture, je trouve ça vraiment pas rigolo, dans les bouchons sur la rocade à huit heure du matin, rien que pour ça l’accouchement à la maison, c’est quand même formidable. C’était un moment… Ouaaa, vraiment dur, ou en plus je commençais déjà, je sentais que ça allait pousser. Caroline qui me disait « Tiens le coup, tiens le coup, ne le fais pas sur la rocade ». Je m’imaginais déjà avoir Flore sur la rocade… Donc, on arrive à Purpan, et là, je vais tout de suite dans une salle dite de préparation. On me dit : « Vous allez mettre ces habits-là, déshabillez-vous », « Quoi ? Je dois mettre ça, vous êtes sûrs ? ». Je crois que j’ai pas assez de force pour dire : « Non, j’aimerais bien rester avec mes habits amples », que je m’étais prévu exprès. Bertrand aussi doit mettre des habits, d’autres habits, doit poser le sac ailleurs, donc je suis toute seule à ce moment-là. Caroline, nous lâche, parce qu’elle ne peut pas rester. Donc un moment un peu pas facile, dans cette salle de préparation. Les sages-femmes m’accompagnent dans une salle d’accouchement, et là je suis encore toute seule, avec les sages-femmes que je ne connais pas. J’ai une grosse contraction dans le couloir, ou je m’appuis où je peux, et j’arrive dans cette salle d’accouchement. Heureusement Bertrand arrive vite. Moment de transition pas évident. Finalement, je pense que c’est à peu près quotidien à Paul de Viguier : il y a sept salles d’accouchement, et donc, il y a beaucoup d’accouchements, heureusement ! Et comme ils voient qu’on gère, ils nous laissent seuls. On reste seuls, elle vient de temps en temps, mais toute la fin de mon travail, qui a duré une heure, je suis arrivée vers huit heures et demie à l’hôpital, une heure très intense. De nouveau, comme pour Maya je crie « Mamaaaaannn ! J’en peux pluuuus, faut que ça s’arrête, je vais mourir ! ». Voilà, tout passe, Bertrand essaye tant qu’il peut de m’accompagner, de me dire que tout va bien, qu’il est là. Position difficile à trouver, dans une espèce de salle d’accouchement où j’ai quand même un monitoring, je suis quand même branchée. J’essaye de me lever, mais me lever, ça accélère… Je me recouche, mais le problème de me recoucher : j’ai moins de contractions. Pas facile à gérer cette position à trouver sur ce lit, ou plutôt, sur cette table, disons, en hauteur. A un moment, je me lève et je dis à Bertrand : « Là, ça pousse, ça pousse, ça pouuuusse ! Appelle quelqu’un quand même ». Je crois que j’aurais pas dû… J’aurais bien voulu, finalement, qu’il arrive sans personne, sans qu’elles viennent. Mais bon, on appelle quand même quelqu’un, je commence à me mettre accroupie sur la table : « C’est comme ça que je veux, le bébé va arriver », et la sage-femme qui me dit « Non, je crois que ça va pas être possible comme ça », « Allez, s’il vous plait… », « Non, ça va pas être possible, on va trouver quelque chose, une position un peu intermédiaire, quelque chose qui peut convenir à la fois à vous et à nous ». Et pareil, je me dis avec le recul, j’aurais dû faire plus le forcing, on aurait dû… Elle me trouve quand même une position pas trop mal, je suis pas allongée sur le dos, je suis pas les pieds en l’air, mais je suis pas accroupie ! Et je crois, que j’aurais voulu accoucher accroupie. La position est pas, quand même, trop mal, et là je pousse à fond. La poussée a duré très peu de temps, peut être un quart d’heure, et en trois poussées Flore est sortie. Aux dernières poussées, j’y ai été vraiment à fond. Même Bertrand me disait « C’est bon, tu peux t’arrêter, tu reprendras après »… Non, je voulais vraiment que ça finisse, et Flore est sortie et elle n’a pas pleuré. Elle est sortie très calme, elle nous a regardés d’un regard très, très profond. Elle regardait Bertrand, moi non, parce que je l’avais sur le ventre et elle regardait en direction de Bertrand. Bertrand arrêtait pas de dire « Elle me regarde, elle me regarde ». Très, très calme, très surprenant, d’ailleurs elle est toujours très surprenante. Il était neuf heures trente-six exactement à l’hôpital de Purpan. J’ai attendu un peu, le placenta est sorti… Elles m’ont un peu embêtée sur ça. Elles étaient trois : une sage-femme et deux stagiaires, elles étaient complètement stressées, parce que mon placenta n’arrive pas à la minute, là ! Il mettait un peu de temps. Vraiment hyper stressées, et plutôt que réchauffer Flore, lui mettre des couvertures, c’était : le placenta ! Le placenta est arrivé au bout de vingt minutes, a peu prés. C’est rigolo, j’ai ressenti, même plus que pour Maya, le terme de délivrance. Quand le placenta est sorti : whaofff, c’était fini, j’ai senti que c’était fini. Là, j’étais délivrée de ce machin qui me restait dans mon intérieur, et qui est sorti. J’étais bien. Flore a commencé à téter tout de suite. Les sages-femmes ont commencé à nous dire « Faut pas la faire téter trop, parce qu’on ne l’a pas encore pesée ». Là, on a fait un peu le forcing. Bertrand, heureusement a dit « Non, non, elle a besoin de téter ». « On la laisse ok », mais au bout d’un moment « Faut qu’on la prenne pour aller la peser », ils la prennent, je dis à Bertrand « Vas-y, vas-y ». En fait à l’hôpital, il n’a pas pu rester avec elle, il a dû rester derrière une vitre. Il est revenu, quand j’ai vu qu’il était pas avec elle… il me dit : « On peut apparemment pas, pour des mesures d’hygiène ». Ils nous ont ramené Flore au bout de dix minutes. Apparemment elle avait froid ! Elle était refroidie! Tout ça, parce que, au lieu de s’occuper d’elle à la naissance, ils se sont occupé de mon placenta, qui allait très bien… On lui a mis des couvertures, au bout de deux heures, on est parti dans une chambre à l’étage. Voilà, pour la naissance de Flore, un accouchement les trois quart à la maison, ou c’était très, très bien et une fin un peu moins bien. Le cabinet de sage-femme ne pouvait pas le faire à la maison, Flore pesait deux kilos quatre, et normalement elles ne font pas d’accouchement de bébé à moins de deux kilo cinq. Je n’en ai jamais reparlé avec Hélène, je crois que j’aimerais bien : elles, ce qu’au fond, elles pensaient. C’était un peu Béa qui était à cheval sur ça, ce que je comprenais, on a compris, on ne voulait pas les mettre en difficulté… C’est, je pense pour des problèmes de réanimation, avec un bébé trop petit, il a des besoins particuliers. Mais je crois, que j’aimerais bien en discuter avec Hélène, pour voir, si à un moment, elle a eu un doute par(à supprimer) vis à vis de ça, et qu’on pourrait le tenter quand même à la maison. Bon, pas mal de regrets quand même : regret que Maya ait pas pu être là, regret de pas avoir choisi ma position, et regret d’avoir tous ces protocoles, dont on se serait bien passé. On a réussi à partir au bout de trois jours, ils nous auraient bien gardés plus longtemps, on a dû signer une décharge. On a joué la confiance avec l’hôpital, on n’a pas été trop extrémiste, disons, on aurait pu s’enfuir, faire une fugue, on l’a pas fait… Mais tout va bien, on a une petite Flore à la maison et elle a deux ans et demi. Pour finir, autant pour Maya que pour Flore on avait commencé un film de Kechiche… Pour Maya, je l’ai fini le lendemain dans le même pouf – avec Maya sur moi. Et pour Flore, quatre jours après, on a fini le film – avec Flore dans les bras.

Six mois auparavant, pendant ma grossesse, Bertrand avait déjà commencé, un film, Maïeuticiennes, filmant à la fois Rosana et Fabienne, le cabinet de Toulouse, et en parallèle, Hélène et Caroline, le cabinet de Ramonville. Un film qui se veut à la fois contemplatif, sur ce travail, ce quotidien des sages-femmes : à la fois le suivi des parents, suivi de grossesse, et puis l’accouchement, puis le suivi de la mère et du bébé. Donc contemplatif et à la fois militant. Le film commence en 2012 et se termine en 2013. Entre temps, les sages-femmes ont été mises en grandes difficultés à cause de leur problème d’assurance. C’est un film qui se trouve vraiment, au cœur de l’actualité des sages-femmes, ces sages-femmes qui de la part du conseil de l’ordre, ne peuvent plus exercer si elles n’ont plus d’assurance ; auquel cas elles auraient une très grosse amende et une radiation. Son film, a été projeté dans le cadre de la défense des sages-femmes à domicile. Lutte encore d’actualité à ce jour.