Matin, fait lever le soleil

naissance du Joachim Polet Prince de Fontenoille

Après la naissance de ma fille Coline, j’ai commencé à m’intéresser aux « autres » manières d’accoucher. Pour Coline, je ne me suis pas trop posé de questions. J’étais enceinte, tout allait bien, j’avais choisi un accompagnement avec une prise en charge médicale classique pour ma grossesse et mon accouchement. Quand elle fut née, j’ai été toute chamboulée par cet instant magique, qui m’a semblé être dénaturé par sa médicalisation. Je me suis dit que si c’était à revivre pour un autre enfant, j’aimerais que ce moment soit différent: plus doux et plus naturel.

Après deux fausses couches, Joachim s’est invité dans mon ventre trois ans après la naissance de mon ainé. Ce bébé, je voulais en profiter à fond, partager à nouveau tous nos instants en communion, reliés par les liens invisibles de l’amour et de la création. J’ai donc choisi pour cette grossesse un accompagnement global par des sages-femmes libérales et j’avais pour projet d’accoucher dans l’eau au sein d’un plateau technique. Très tôt dans la grossesse, j’ai fait le choix d’arrêter de travailler, de suivre des cours de chant prénatal, de yoga du son, d’assister à un groupe de parole autour de la naissance respectée et de m’entourer de mamans et futures mamans bienveillantes et ayant choisi un accouchement physiologique. Pour mon septième mois de grossesse, j’ai demandé à une amie si elle pouvait m’organiser un blessingway, une cérémonie spirituelle laïque d’origine amérindienne. Ce fut une après-midi forte en émotion et qui donnait force, courage et  m’a rendu sereine. Je me mis alors à faire plusieurs rêves où mon accouchement se passait dans une telle douceur que je disais à mon conjoint : « Regarde le bébé est déjà là! » Puis il le réceptionnait et me le posait sur le ventre. Secrètement, j’espérais que mon bébé naisse à la maison, là simplement dans notre lit ou notre baignoire.

Le terme était prévu pour le 5 mai. La veille du terme, bébé ne semblait toujours pas décidé à nous montrer le bout de son nez. Nous sommes donc partis à la piscine où j’ai ressenti une première contraction. Les mains sur le ventre je me suis dit « ça y est mon bébé et moi allons parcourir ce beau chemin ensemble ! ».

Vers 16h30 ce jour-là, mes orteils furent chatouillés par les premières vagues. Je décidais alors de m’activer : préparer un gratin pour 10 personnes, faire un gâteau au chocolat quand les contractions devenaient un peu plus fortes (jusqu’aux genoux). Je pris un bain en faisant de beaux O, A, E. Bref je gérais.

Mon conjoint décida d’appeler la sage-femme et lui demanda de passer. Effectivement, à son arrivée, elle nous apprit que j’étais déjà à 6 cm. J’étais fière de moi ! Nous sommes donc allés à la maternité ou j’ai pu marcher, bouger le temps que la baignoire se remplisse. Que j’étais bien dans l’eau chaude ! Je me laissais bercer par les vagues de contraction qui venaient, repartaient de plus en plus fortes mais me laissant de savoureux instants de répit. Des genoux jusqu’à la taille en m’immergeant complètement dans ces vagues je me sentais reliée à toutes les mères. Puis vers minuit il me vint l’envie de pousser. Les premières poussées firent rompre la poche des eaux. Je touchais mon bébé du bout des doigts, la rencontre était imminente…

Puis vinrent 1h, 2h, 3h puis 6h, 7h du matin, sans que bébé n’arrive à sortir. J’essayais toutes les positions possibles et imaginables : tantôt debout, à quatre pattes, accroupie, en poussant de toutes mes forces sans que bébé ne s’engage. Donc à 7h mes beaux O et A se sont transformés en cris sauvages. Nous décidons alors de traverser le couloir et d’être pris en charge par l’équipe médicale. D’une ambiance douce et tamisée nous passons par les couloirs éclairés aux néons de la maternité. Les yeux fermés, j’essaye de rester dans ma bulle. L’anesthésiste arrive. C’est celui que j’avais rencontré quelques semaines plus tôt, lors d’un rendez-vous simple et efficace où l’on s’était dit que si nous devions nous revoir ce serait sans doute par nécessité. La sage-femme, qui nous a suivis dans la chambre, nous propose d’attendre le changement de garde pour demander conseil à l’obstétricien, car celui présent sur place finit sa nuit et n’a pas l’air de très bonne humeur. Sous anesthésie, je ne ressens plus la douleur et j’accepte ce conseil avisé. Benoit mon conjoint s’endort, mais je n’arrive pas à me détendre avec tous ces bruits de machines, et puis sans la douleur je sors de ma bulle et commence à m’inquiéter pour mon bébé. A son réveil, nous décidons de lui chanter la chanson d’Orphée « Matin fait lever le soleil », une chanson de bossa nova que je lui chantais régulièrement pendant la grossesse. Pendant que la chambre s’illumine de soleil.

L’obstétricienne est une femme tout sourire qui nous demande si c’est notre 1er enfant. Elle a aussi une fille qui s’appelle Coline. A sa douceur on se dit que l’on a bien fait d’attendre le changement de garde ! On s’installe pour une dernière poussée même si j’en ai pas du tout envie après les 7h que je viens de faire. Mais une sage-femme débarque pour venir chercher l’obstétricienne. Deux minutes plus tard, on entend un cri de bébé dans la chambre voisine, et nous fondons en larmes. L’obstétricienne revient, nous explique qu’elle va aider bébé avec des cuillères qu’elle nous montre. Quelques secondes plus tard, bébé sort enfin. Il lui fallait juste un peu d’aide, car le coquin s’était retourné ! Au lieu de présenter le sommet de son crane il nous présentait son visage, de sorte que son périmètre crânien ne passait plus dans le bassin. Il est né en « bébé rêveur », c’est-à-dire les yeux vers le ciel. Notre beau bébé de 4kg260 se met tout de suite à téter goulument.

Notre sage-femme a pu rester tout le temps avec l’obstétricienne et je suis contente que l’on ait pu rester en si petit comité. Nous sommes ravis de la manière dont s’est déroulé cet accouchement et ne regrettons absolument pas notre choix. J’ai pu aller jusqu’au bout de l’accouchement physiologique sans toutefois avoir connu le fameux anneau de feu. Et je suis finalement contente de ne pas avoir accouché à la maison car à 7h du matin, j’ai apprécié d’avoir été prise en charge avec efficacité, respect de mon corps et celui de mon enfant par le corps médical.

Après l’accouchement, nous sommes restés deux jours à la maternité et n’avons pas non plus été embêtés pour partir plus tôt (au lieu des trois jours obligatoires). Ce fut un accouchement très respectueux, humain et magique! Merci à toutes les personnes qui nous ont accompagnés dans cette grossesse et cet accouchement pour que cette naissance soit une véritable rencontre amoureuse.

«Matin, fais lever le soleil. Matin, à l’instant du réveil. Viens tendrement poser tes perles de rosée, sur la nature en fleurs, chère à mon cœur. »